Mémorial des policiers français Victimes du Devoir
« Il y a quelque chose de plus fort que la mort,
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »
Jean d’ORMESSON
Gardien de la paix
Jean-Michel JAMME
Victime du Devoir le 18 juillet 1980
Département
Hauts-de-Seine (92)
Affectation
Compagnie Départementale d'Intervention (CDI) — Nanterre
Circonstances
Cause du décès
Assassinat, exécution ou extermination
Contexte
Guerre — Terrorisme
Le 18 Juillet 1980, la Compagnie Départementale d’Intervention des Hauts de Seine gardait le domicile de M. Chapour Bakhtiar, dernier premier ministre de la monarchie iranienne contraint à l’exil par la révolution islamique, et réfugié dans les appartements de sa fille situés au 101 Boulevard Bineau à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).
Le chef du « mouvement de résistance nationale iranienne » vivait depuis sous le menace permanente d’une condamnation à mort (fatwa) prononcée par le tribunal islamique de l’ayatollah Rouhollah Khomeini.
Vers 8h30, trois prétendus journalistes équipés du matériel équivoque et de fausses cartes de presse, engagèrent la discussion avec les deux policiers de faction à l’entrée de la résidence.
Bien que victime de menaces depuis un an, M. Bakhtiar recevait néanmoins des journalistes et des personnalités ; l’un des policiers les accompagna jusqu’à l’entrée de l’immeuble et prévint par interphone ses deux collègues présents à l’étage.
Le seul journaliste qui s’exprimait parfaitement en français prétexta une claustrophobie et indiqua qu’il préfèrait emprunter les escaliers. Les assassins abandonnèrent leurs matériels de journalistes et exhibèrent des pistolets Beretta munis de silencieux.
Pris d’un doute, Bernard Vigna, vingt-deux ans, les hèla à nouveau dans les escaliers. Surpris dans leurs préparatifs, les terroristes lui tiraient dessus à plusieurs reprises et le laissaient pour mort.
Au quatrième étage, son collègue Jean-Michel Jamme, vingt-trois ans, était tué ; Georges Marty, même âge, était grièvement blessé.
Alors qu’elle ouvrait sa porte, la voisine de palier de M. Bakhtiar était abattue, ainsi que sa soeur. Constatant l’erreur de repérage, les assassins se présentèrent à la bonne porte, qui avait la particularité d’être blindée.
Alors incapables de pénétrer dans l’appartement, les tueurs avaient tiré à sept reprises dans la porte, en vain.
A l’entrée de l’immeuble, Philippe Jourdain, vingt-cinq ans, découvrait son équipier agonisant dans les escaliers, reprenait position à l’extérieur muni d’un pistolet mitrailleur et demandait des renforts. Après un bref échange de tirs, il neutralisait les terroristes.
L’attentat fut revendiqué par les « gardiens de la révolution islamique » (Pasdaran) à Téhéran. Les assassins furent identifiés comme étant Anis Naccache, trente-deux ans, libanais, Medhi Nejad Tabrizi, vingt-trois ans, iranien et Fawzi Mohamed El Satari, vingt-quatre ans, palestinien.
Deux autres terroristes logisticiens étaient interpellés dans un deuxième temps dans un appartement de la Rue Toulier (Ve) : Salah Eddine El Kaara, vingt-cinq ans, libanais, et Mohammad Jawad Jenab, vingt-cinq ans, iranien.
Le 10 septembre, Valéry Giscard d’Estaing décora de la légion d’honneur le gardien de la paix Jourdain ; la cérémonie se tint au Palais de L’Élysée. Il fut nommé brigadier de police à titre honoraire, moins d’un an après sa titularisation au 1er échelon de gardien.
Le 10 mars 1982, la cour d’assises des Hauts de Seine condamna quatre des terroristes à la réclusion criminelle dite à perpétuité, et à vingt ans pour Jenab.
Le 27 juillet 1990, tous les membres du commando furent graciés par le Président de la République française dans le cadre d’une négociation entre la France et l’Iran. Dans cette perspective, l’avocat de Naccache avait suggéré de dédommager à hauteur de 4 millions de francs les familles des victimes en échange de sa libération. La moitié de cette somme au gardien de la paix Vigna, qui refusa catégoriquement cet « argent sale ».
Le 6 août 1991, M. Bakhtiar fut finalement assassiné à son domicile, à Suresnes, par un commando venu de Téhéran. Bernard Vigna, cinquante-et-un ans, tétraplégique, décédait le 5 février 2008.
Biographie
Direction d'emploi
Préfecture de Police
Corps
Encadrement — Application
Type d'unité
Unité de l'Ordre Public — Sécurité Routière
Titres et homologations
Citation à l'Ordre de la Nation
Croix de la Légion d'Honneur
Né le 21 janvier 1957 (lieu de naissance ignoré) ; célibataire, sans enfant.
Cité à l’ordre de la Nation ; nommé au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur ; promu brigadier de police à titre posthume.
Sources et références
BODMR n° 17 du 02/12/1980
[1]
JORF n°172 du 25/07/1980, “Ordre national du mérite, décret portant nomination”
JORF n°250 du 26 octobre 2005, “Arrêté portant inscription au tableau d’avancement de capitaine de police”
Article Le Monde du 29/07/1990 – Dix années d’un poker menteur…
Moi Iranien espion de la CIA et du Mossad Par Djahanshah Bakhtiar
Allocution de M. V. Giscard D’Estaing, Palais de l’Elysée, 10/09/1980
Archives INA du 18 et 19 Juillet 1980
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