Mémorial des policiers français Victimes du Devoir

« Il y a quelque chose de plus fort que la mort,
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »

Jean d’ORMESSON

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Sous-Brigadier — Gardien

Christian VERDOULET

Victime du Devoir le 02 avril 1993

Département

Haute-Savoie (74)

Affectation

Sécurité Publique — Annecy

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Circonstances

Cause du décès

Homicide par arme à feu

Contexte

Interpellation(s) d'individu(s)

Le 2 Avril 1993, deux malfaiteurs munis d’armes automatiques et grimés d’attributs postiches attaquaient un établissement bancaire situé dans le centre commercial de la Place Chorus à Cran-Gevrier, en périphérie d’Annecy (Haute-Savoie).

En possession d’un scanner capable de décrypter les fréquences radio de la Police nationale, l’arrivée imminente des policiers les incitaient à prendre en otage une employée pour rejoindre leur véhicule relais, stationné à l’arrière du bâtiment.

Un équipage de police était déjà arrivé sur place ; l’un des malfaiteurs tirait plusieurs rafales de pistolet-mitrailleur et blessait mortellement le gardien de la paix Christian Verdoulet, quarante-et-un ans.

Les truands prenaient la fuite sans jamais cesser de tirer et interceptaient une camionnette de la municipalité.

Sur l’échangeur de la voie verte, en direction d’Épagny, ils étaient pris en charge par un véhicule banalisé du peloton motorisé de la gendarmerie locale.

Pendant la course-poursuite, les gendarmes étaient percutés volontairement et déviés de leur trajectoire par des coups de feu. Les malfaiteurs dérobaient un nouveau véhicule sous la menace de leurs armes et disparaissaient près de la frontière suisse.

Le service régional de la police judiciaire épaulé par la brigade antigang lyonnaise, et leurs homologues niçois, unissaient leurs compétences pour traquer les meurtriers. Deux individus fichés au grand banditisme furent identifiés.

Le 21 avril, interpellations de Enver Shabani, trente-quatre ans, auteur des tirs mortels, et de Christian Kessler, trente-neuf ans.

Ancien codétenu de Shabani, déjà condamné à mort suite à plusieurs braquages sanglants, ce dernier s’était évadé de la prison des Baumettes à Marseille en 1991.

Interpellé en compagnie de Zohra Souassi, que les investigations menées ont pu qualifier de complice, cette dernière effectuait les repérages avant la commission des braquages.

Le trio avait trouvé refuge à Cercier en Haute-Savoie, dans une villa louée servant de refuge et d’armurerie.

Ce rapprochement savoyard était en partie dû à la présence de Chantal Lamouille, la soeur de Kessler, domiciliée à Meythet, près de Cran-Gevrier.

Cette dernière se chargeait des correspondances et de la logistique avec Souassi. Lors des auditions, elle a désigné formellement les deux complices sur les bandes vidéos enregistrées lors des faits.

En outre, cinq braquages ont pu être attribués au trio de malfaiteur pour un butin d’environ deux cents cinquante mille francs.

En 1995, la cour d’assises de Haute-Savoie condamna Kessler à la réclusion criminelle dite à perpétuité dont 22 ans de sûreté. Shabani écopait de 30 ans de réclusion criminelle dont 18 ans de sûreté.

Quant à Souassi, elle fut condamnée à trois ans de prison dont deux avec sursis dans le cadre de l’association de malfaiteurs.

Elle avait déjà effectué huit mois de préventive au prononcé de cette peine, et devait donc sortir rapidement de prison.

En 2019, Shabani était de nouveau condamné par la cour d’assises de Côte-d’Or à la suite d’une série de braquages commis dans ce département.

Biographie

Direction d'emploi

Sécurité Publique

Corps

Encadrement — Application

Type d'unité

Unité de Voie Publique — Service Général

Titres et homologations

Citation à l'Ordre de la Nation

Croix de la Légion d'Honneur

Né le 29 mai 1951 à Valréas (Vaucluse), Christian Luc Claude Verdoulet était marié et père de quatre enfants.

Engagé dans la Marine nationale à l’âge de dix-sept ans, il restait chef de rang durant trois ans et demi. Il navigua sur le porte-avions « Clémenceau », parti sur les eaux du monde à la découverte de terres paradisiaques comme la Nouvelle Calédonie ou encore Tahiti dont il tombait amoureux.

De retour en France, il retournait chez ses parents pour un an et demi avant d’envisager une carrière dans la Police nationale.

Sa fille Lise explique : « Son patron refusait de lui changer les pneus défectueux de son camion de livraison. Un jour, il est allé à la rencontre d’un équipage de CRS pour solliciter une amende afin d’en avoir des neufs !

Tous ont fini par sympathiser en encourageant mon père à rejoindre les CRS. »

Il passait donc avec succès son examen d’entrée dans la police à Marseille et intégrait le centre de formation de Rennes au début de l’année 1977.

Formation à l’issue de laquelle il rejoignait la CRS N°45 de Lyon-Chassieu (Rhône) ; il prenait une spécialité de maitre nageur sauveteur (MNS).

C’est ainsi que Christian Verdoulet était régulièrement détaché pendant les périodes estivales au poste de secours de la plage d’Albigny, à Annecy-le-vieux (Haute-Savoie).

Lise : « Ma mère étant artisan glacier et possédait l’emplacement réservé à son activité à la proximité immédiate du chalet des CRS-MNS, ils se sont connus là-bas en juin 1980. Ils ont fini par se marier en avril 1981. »

Au fil des ans, une sérieuse amitié s’est créée entre tous les protagonistes de ce lieu de villégiature. C’est grâce à Christian que l’on doit l’animation de la fête de la plage et en particulier le concours de châteaux de sable.

Il continuait dans le même temps à porter assistance et secours aux personnes sur le plan d’eau, et en dehors.

En septembre 1992, il était affecté à sa demande à la circonscription de sécurité publique d’Annecy, il rejoignait enfin sa famille qu’il aimait tant et en terminait avec un rythme de vie professionnelle particulier, fait d’allers-retours journaliers entre Lyon et Annecy.

Malheureusement sept mois plus tard, le destin en décidait autrement. Il était privé d’années de bonheur, arraché à l’affection des siens dans des circonstances proprement injustes.

Ses obsèques officielles furent célébrées à Annecy, sous une pluie battante, en présence de nombreuses autorités civiles et militaires, et d’une foule d’anonymes émus et indignés.

Après le drame, beaucoup d’honneurs ont été fait en sa mémoire témoigne Lise : « La salle de réunion du commissariat d’Annecy porte son nom, ainsi que le chalet des MNS sur la plage d’Albigny ; en 1994, les écoles de police de Marseille et de Vannes ont décidé de donner son nom à leurs promotions sortantes. »

Cité à l’ordre de la Nation ; nommé au grade de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur ; promu Officier de paix à titre posthume ; médaille d’Honneur de la Police nationale ; médaille des actes de courage et de dévouement.

Sources et références

BODMR n° 02 du 04/03/1995 ; JORF n°90 du 17 avril 1993 page 6369, “Citation à l’ordre de la nation” — JORF n°142 du 22 juin 1993 page 8760, “Décret portant nomination” — Le Dauphiné Libéré du 03/04/1993 (archives papier) — Le Dauphiné Libéré du 05/04/1993 (archives papier) — Le Dauphiné Libéré du 07/04/1993 (archives papier) — Le Courrier Savoyard du 09/04/1993 (archives papier) — L’Essor Savoyard du 09/04/1993 (archives papier) — Le Dauphiné Libéré du 09/04/1993 (archives papier) — Le Dauphiné Libéré du 24/04/1993 (archives papier)

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