Mémorial des policiers français Victimes du Devoir

« Il y a quelque chose de plus fort que la mort,
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »

Jean d’ORMESSON

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Brigadier de police

Arsène PONCEY

Victime du Devoir le 11 janvier 1944

Département

Paris (75)

Affectation

Sécurité Publique (PP) — Paris 6e

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Circonstances

Cause du décès

Assassinat, exécution ou extermination

Contexte

Guerre — Terrorisme

Le 13 mars 1943, dans le contexte de l’Occupation allemande, la sinistre brigade spéciale des Renseignements Généraux de la Préfecture de police (BS RG-PP), accompagnée d’agents de la police secrète du Troisième Reich (Geheime Staatspolizei, Gestapo), investissait les bureaux voisins aux siens de l’Union des Anciens Combattants de la Préfecture de Police (UACPP), sis N°12 Quai de Gesvres (IVe).

Elle mit en état d’arrestation Arsène Poncey, quarante-neuf ans, brigadier exerçant comme inspecteur au commissariat du quartier Saint-Sulpice (VIe) et détaché du service comme Président de l’UACPP ; ainsi que plusieurs de ses administrateurs.

Ce dernier avait effectivement monté un véritable centre opérationnel de propagande dénonçant le national-socialisme allemand (Nationalsozialismus, Nazi), d’actions subversives et de renseignement depuis l’automne 1940 (voir biographie).

La structure fut cependant victime d’une trahison interne à l’origine d’une série d’arrestations soudaines des chefs du réseau. Le traitre était exécuté mais les confessions de son épouse auprès de la BS entrainèrent de nouvelles arrestations, à commencer par celle de Poncey.

Incarcéré à la prison du Cherche-Midi, Poncey subissait des interrogatoires sous la torture, mais ne donna aucun nom. Il fut transféré à la prison de Fresnes jusqu’au 20 septembre, date de sa déportation au camp de Neue Bremm à Sarrebrück (Allemagne nazie), véritable centre de torture administrée par la GeStapo pour y briser les prisonniers.

Le 16 octobre, il était déporté au complexe concentrationnaire de Mauthausen sous le matricule 37803, sous le sinistre protocole “Nuit et Brouillard” — “Nacht und Nebel” était le nom de code des « directives sur la poursuite pour infractions contre le Reich ou contre les forces d’occupation dans les territoires occupés » se sanctionnant par l’extermination.

Il fut affecté au travail forcé dans une usine de fabrication de moteurs d’avions à Wiener-Neudorf. Soumis aux sévices et aux privations, il succomba à une septicémie générale entre le 10 et le 11 janvier 1944*.

Biographie

Direction d'emploi

Préfecture de Police

Corps

Inspecteurs — Enquêteurs

Type d'unité

Unité d'Investigation et de Recherche

Titres et homologations

MPF - Mort pour la France

FFC - Forces Françaises Combattantes (renseignement, action et évasion)

RIF - Résistance Intérieure Française (création de mouvements et de réseaux)

DIR - Déporté, Interné de la Résistance

MED - Mort en Déportation

Citation à l'Ordre de la Nation

Croix de la Légion d'Honneur

Né le 27 janvier 1894 au hameau de Joux proche de Passy (Haute-Savoie) de Pierre Poncey et de Célina Vallet ; divorcé de Lina Miotton et père de Fernande (médaillée de la Résistance en 1947, alias « la guêpe ») ; époux en secondes noces de Blanche Chablais ; domicilié N°38 Rue Denfert-Rochereau (Ve) (actuelle Rue Henri-Barbusse).

Arsène Poncey est considéré par les historiens comme l’un des résistants les plus influents de la police parisienne (Rudolph, 2010).

Vétéran de la grande guerre mobilisé dès le 5 septembre 1914 dans les régiments d’artillerie (campagne intérieure et campagne d’Orient), il était libéré de ses obligations militaires le 7 septembre 1919 avec le grade de maréchal des logis ; récipiendaire de la médaille militaire et de la Croix de guerre.

Il exerça la profession de cocher avant d’entrer à la Préfecture de police le 12 mai 1920 comme gardien de la paix au commissariat du quartier Plaisance (XIVe), et en devenait délégué syndical.

Il adhéra à l’Union des Anciens Combattants de la Préfecture de Police (UACPP) en 1929 et en devenait secrétaire général dès 1932 ; il obtenait la médaille des services rendus à la mutualité en 1933.

Il était également promu brigadier au choix en 1934 et obtenait la médaille d’Honneur de la police française le 1er juillet 1935.

Grand patriote, il s’engagea volontairement dans une unité combattante à la déclaration de la guerre, et fut affecté le 22 février 1940 au centre d’opération d’appui aérien de Nemours, au 123e régiment d’artillerie.

Démobilisé le 16 juillet 1940 avec le grade de maréchal des logis chef, il était alors Président de l’UACPP, seule association professionnelle de la police qui ne sera pas interdite par l’Occupant allemand. Un décret du 30 août 1940 autorisa l’association à siéger directement dans l’enceinte même de la Préfecture de police, près des bureaux des Renseignements Généraux.

L’accès au fichier du personnel, dans lequel il trouvait effectivement les réfractaires à l’occupation signalés à l’administration lui permettra par la suite d’effectuer un recrutement fiable.

A l’automne de cette même année, il prenait contact avec Jeanne Bénaud, employée à la Mairie de la Place Saint-Sulpice (VIe) dont les murs étaient communs au commissariat, et laquelle volait et falsifiait les cartes d’alimentation pour le réseau de « L’Armée Volontaire » (AV).

L’AV était un groupe d’action, d’aide aux prisonniers évadés, de renseignement et de passage en zone libre par la Nièvre, par l’entremise de Raymond Chanel, médecin à Nevers, et du proto-résistant parisien André Méresse, par l’intermédiaire desquels il put entrer en contact avec Londres et le « Comité Français de la Libération Nationale ».

Le CFLN demandait à Poncey d’organiser un mouvement de Résistance dans la Police parisienne : le groupe « Valmy ». Il prit le pseudonyme de « Capitaine Lapeyrouse » (La Pérouse, lieu-dit où la famille Poncey habitait à Passy), et mena les opérations directement depuis les bureaux de l’UACPP.

En janvier 1941, par l’entremise de Noël Riou ancien membre du syndicat général de la police (SGP), une liaison fut établi avec les co-fondateurs de la filière d’évasion lilloise de « La Voix du Nord », Nathalie Dumez et Jules Noutour, brigadier de police comme lui.

Le 15 juin 1942, avec son homologue Adrien Peltier, futur compagnon de la Libération, Poncey va jusqu’à organiser un exercice de mobilisation des résistants dans chaque quartier.

En novembre 1942, à la suite d’une série d’arrestations en cascade, Poncey prit le commandement de la structure de l’AV avant d’être arrêté lui-même par la police allemande, et déporté vers les camps de la mort (voir circonstances).

Poncey fut remplacé par le commissaire de police Edmont Dubent, chef des services techniques de la Préfecture de police, lequel initia le réseau « Honneur de la Police ».

Nota bene: Deux certificats de décès allemands datant de 1954, établissent la mort d’Arsène Poncey au 10 janvier 1944 (voir sources) ; une plaque à son nom accrochée au monument aux morts de Passy indique la date du 11 janvier 1944. Une simple mention inscrite à posteriori à l’état civil de Paris (Ve) N°348 bis indique la date du 11 mars 1944.

Cité à l’ordre de la Nation (CN) ; nommé au grade de Chevalier de la Légion d’honneur (LH) ; mention “Mort en déportation” (MED) ; mention “Déportés et internés de la Résistance” (DIR) ; homologué Commandant au titre des Forces Françaises Combattantes (FFC) – réseau “SR Armée des Volontaires” ; médaillé de la Résistance Intérieure Française par l’Ordre de la Libération ; mention “Mort pour la France” (MPF) ; promu Officier de paix à titre posthume ; puis sous-directeur à titre honorifique.

Sources et références

JORF du 24/05/1946, p.4/24, décret du 23/05/1946 (CN, LH) — JORF n°0190 du 17 août 2012, texte n° 30 (MED) — Service historique de la Défense, Caen (FFC, RIF, MPF) — JORF du 17/05/1946, décret du 24/10/1946 — AD 74, registres matricules militaires, classe 1914, 1 R 814 – matricule 2261 — Fiche du mémorial de Mauthausen — Data.gouv.fr opendatasoft Soldats morts pour la France — “Un Médecin en enfer” par Raymond Chanel (1970) — “Le Déjeuner de la Croix-de-Vernuche” par Colonel Rémy (1968) — “Désobéir : des policiers et des gendarmes sous l’occupation par Limore Yagil (2018) — Au cœur de la Préfecture de Police : de la Résistance à la Libération, p.48-49 – coord. Luc Rudolph (2010) — * Archives Arolsen, prisonnier 37803, certificat de décès daté du 10/01/1944 : deeplink: https://collections.arolsen-archives.org/en/document/1696726

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  1. Honneur et respect éternel à tous ces héros qui étaient des justes !

  2. Mon grand père, Camille Lagrandeur, a travaillé comme Secrétaire aux côtés d’Arsène Poncey, son Chef de bureau au sein du Service des Anciens Combattants de la Préfecture de Police de Paris. Il s’agissait de la génération qui s’était farouchement battue au cours de la Première Guerre Mondiale et qui n’avait pas accepté la défaite de 1940 (j’ai ouï dire que mon grand père pleura contre un mur à la vue de son premier soldat allemand à Paris…).

    Il a appartenu au Groupe Valmy avec Poncey. Il parlait souvent d’une planque sous les toits dans le quartier du Trocadéro équipée d’un équipement radio et où il allait porter des messages à transmettre, de filières de prises en charge d’aviateurs anglais abattus afin de les réexpédier en Angleterre. En juillet 42, le Groupe fût informé du projet d’une rafle de Juifs à Paris (la rafle du Vel d’Hiv) et ils réussirent à obtenir à l’avance la liste des personnes qui devaient être arrêtées. En prenant des précautions, mon grand père et quelques uns de ses collègues allèrent prévenir les familles avant leur arrestation.

    Le jour de la rafle, les membres du Service furent réquisitionnés pour cette tâche abjecte et les membres du Groupe Valmy ne purent se dérober, leur absence ayant pu paraître suspecte et permettre de les identifier. Mon grand père et ses collègues frappèrent alors aux portes des appartements qu’ils avaient visités quelques jours plus tôt. Ils s’attendaient à trouver les lieux vides mais à leur grande stupéfaction, la plupart du temps les personnes averties étaient encore sur place. Les regards se croisèrent à nouveau…

    Les membres du réseau à contre coeur fûrent alors les acteurs et les témoins de scènes bouleversantes. Le Groupe continua ses activités clandestines jusqu’au 13 mars 1943. Ce jour là, mon grand père n’était pas rentré du travail. Mon père, 24 ans, jeune instituteur (il avait fait la Campagne de France de 40) se décida à aller se renseigner à la Préfecture. Lorsqu’il arriva sur place, il avisa un planton qui lui dit “Je veux bien vous laisser passer mais faites attention à vous, la Police allemande a investi les lieux !”

    Mon père monta les escaliers et tomba nez à nez avec des policiers français (!) portant chapeaux et cirés noirs qui prêtaient main forte à leurs collègues allemands. Ils l’agrippèrent “Qui êtes vous, vous ?” Mon père raconta le but de sa visite et aperçut soudain son propre père attaché avec d’autres collègues à un banc avec des menottes (Poncey était peut-être l’un d’entre eux ?). “Vous avez juste le droit de lui dire bonjour puis vous disparaissez !” lança l’homme au ciré noir. “T’inquiète pas, c’est un malentendu !” dit mon grand père. Tu parles ! Il devait disparaître pendant plusieurs mois. Il fût d’abord transféré à la Prison du Cherche Midi avec Poncey.

    Ma famille était dans une profonde angoisse. Personne ne savait ce que Camille était devenu. Une parente eût alors une idée ingénieuse ; elle décida de présenter un paquet de linge propre aux différentes prisons de Paris. Rien ! Il avait quitté le Cherche Midi. Elle essaya alors les prisons de banlieues. A la Prison de Fresnes, le paquet fût accepté ! La famille savait maintenant où il se trouvait. Mais Camille, isolé dans une cellule dans le quartier des condamnés à mort, s’attendait à être fusillé. Un matin, il entendit des pas et une rumeur dans le couloir. “C’en est fini de moi !” pensa-t-il. En fait, c’était la Gestapo allemande qui venait le chercher. Il fût conduit en voiture au 84 Avenue Foch, siège de la Gestapo pour y être interrogé. Attaché sur une chaise, un officier allemand qui ne parlait pas un mot de français le questionna avec l’aide d’une “souris grise” (secrétaire traductrice de l’armée allemande).

    Il lui montra des photos de résistants. “Vous le connaissez ?” “Non !” répondait mon grand père. Et à chaque réponse négative, il se prenait un violent coup au visage… Or parmi ces photos, il avait reconnu ses collègues du Groupe Valmy mais il résista à la torture et ne parla pas. Il fût reconduit à Fresnes. Les semaines passèrent. Poncey fût également incarcéré à Fresnes mais je ne me souviens pas que mon grand père l’y ait aperçu.

    Finalement, seul Arsène Poncey, le chef du Réseau fût déporté. Mon grand père et ses collègues fûrent placés en liberté surveillée. Rentré chez lui et craignant une perquisition, une des premières choses que fît Camille fût de se débarrasser d’un revolver qu’il cachait chez lui. Il alla discrètement le jeter dans la Seine. Le Réseau démantelé, Camille fût déclassé et envoyé dans un petit commissariat de banlieue. Quelques semaines plus tard, non sans courage après ce qu’il avait vécu, il rejoignit le Réseau Vengeance et participa au soulèvement de la Police parisienne d’août 44. Arsène Poncey mourût à Mauthausen. Après la Libération, mon grand père parlait d’une messe à Notre Dame en la mémoire d’Arsène Poncey à laquelle il participa, lui et ses anciens collègues du Groupe Valmy.

  3. Merci aux anciens résistants des forces de l’ordre ( mon père en faisait parti) ainsi qu’à tous les autres résistants.

  4. Heureusement que nous avons eu ces héros….sans qui la France ne serait pas la France….et nous par la même occasion !!
    Honneur et Respect !!🇲🇫

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