Mémorial des policiers français Victimes du Devoir
« Il y a quelque chose de plus fort que la mort,
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »
Jean d’ORMESSON
Gardien de la paix
Hermant LIBESSART
Victime du Devoir le 31 octobre 1948
Département
Alpes-Maritimes (06)
Affectation
Sécurité Publique — Menton
Circonstances
Cause du décès
Homicide par arme à feu
Contexte
Interpellation(s) d'individu(s)
Au cours de la nuit du samedi au dimanche 31 octobre 1948, les redoutables malfaiteurs et ex agents de la Gestapo Raymond Naudy, vingt-sept ans, et Abel Danos, quarante-quatre ans, recherchés par les autorités italiennes pour des vols qualifiés suivis de meurtres et commis en bande organisée, se trouvaient à Ventimiglia pour préparer leur passage clandestin de l’Italie vers la France à bord d’une barque.
Membres du « gang des tractions avants » mené par Pierre Loutrel dit « Pierrot le fou », rendu tristement célèbre pour le nombre significatif de vols, d’extorsions, de meurtres et d’attaques à main armée audacieuses dont la bande s’était rendue coupable plus particulièrement sur la Côte-d’Azur, le duo a emmené dans leur fuite maitresses et enfants.
Lorsque la barque se posait sur la rive française vers une heure et demie du matin, deux agents de police du corps urbain de Menton (Alpes-Maritimes) remarquèrent la scène insolite et constatèrent que le groupe empruntait un taxi en attente dans une ruelle du Port de Garavan.
Les agents se mettaient en opposition et procédèrent au contrôle des occupants. Rapidement convaincus par l’attitude très suspecte des deux hommes, les policiers indiquaient au chauffeur de se rendre au commissariat local pour une vérification minutieuse de leurs documents d’identité douteux.
Chacun d’un côté, ils montaient sur le marchepied du taxi pour l’escorter. Alors que des douaniers venaient à leur contact pour prêter assistance, les malfaiteurs profitèrent d’une brève inattention pour passer à l’action ; ils exhibèrent des revolvers et tiraient sans hésiter.
Atteint à la tête, le gardien de la paix Hermant Libessart, vingt-huit ans, était tué net par Danos. Naudy, qui avait tiré à travers la portière, blessait très grièvement le gardien de la paix Paul Massone, trente-trois ans.
Ce dernier s’écroulait sur la voie publique en hurlant de douleur. Tandis que Naudy se penchait pour l’achever, le policier évitait miraculeusement le second tir et ripostait au jugé avec son pistolet-mitrailleur. Naudy fut tué ; un projectile transfixiant blessa également sa compagne âgée de vingt-deux ans et enceinte de huit mois.
Le chauffeur abandonnait le taxi avec lequel Danos prit la fuite ; le véhicule était retrouvé à Roquebrune-Cap-Martin avec le cadavre de Naudy et la blessée dont le foetus ne survivra pas.
Danos n’eut d’autre choix que d’organiser son retour à la capitale avec la complicité de quelques fidèles.
Le 30 novembre, privé de ressources puisque devenu infréquentable, Danos fut interpellé par la police parisienne en flagrant délit d’un cambriolage minable d’une chambre de domestique de la Rue de la Boétie.
Le service anthropométrique parvenait à déjouer la fausse identité qu’il répétait inlassablement. Danos fut écroué à La Santé après un solide interrogatoire dans lequel il se montrait peu prolixe.
Au terme d’une instruction de six mois, la Cour de Justice de Paris le condamnait à mort le 19 mai 1949.
Il reçut la même peine par le Tribunal des Forces Armées de Paris le 29 juin 1951 pour intelligence avec l’ennemi, dans le cadre ses activités d’agent auxiliaire de la police secrète d’État nazie (Geheime Staatspoliziei, GESTAPO) dont le siège parisien, chargé des basses oeuvres du Régime de Vichy sous l’occupation, était basée Rue Lauriston (XVIe).
Danos était fusillé au Fort de Montrouge à l’aube du 14 mars 1952.
Biographie
Direction d'emploi
Sécurité Publique
Corps
Encadrement — Application
Type d'unité
Unité de Voie Publique — Service Général
Titres et homologations
Citation à l'Ordre de la Nation
Né le 16 juin 1920 à Allouagne (Pas-de-Calais) de Hermant Joseph Libessart et Augustine Leporcq ; époux de Marcelle Lorenzi et père d’un enfant.
Promu brigadier des gardiens de la paix à titre posthume ; médaille d’Honneur de la Police Nationale ; médaille des actes de courage et de dévouement, échelon or.
Sources et références
JORF du 15/01/1949, décret du 04/01/1949 des récompenses — JORF du 14/12/1948, page 12153, “Médaille d’Honneur de la police française” — Ce Soir du 02/11/1948, “La fusillade de Menton” — Combat du 02/11/1948, “Les gangsters de Menton étaient des lieutenants de Pierrot le fou” — Combat du 01/11/1948, “Fusillade tragique à Menton entre agents et trafiquants” — L’affaire de la môme Moineau de Roger Borniche, éd.Grasset, 2014
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